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L’ IRIS

L’iris est l’une de mes matières premières favorites, elle est présente  en grande quantité dans  l’Heure Bleue, »mon parfum » C’est l’une des matières premières les plus chères de la parfumerie, je consacre le premier chapitre à cette déesse des notes poudrées , suivra très vite un autre chapitre concernant  les autres notes poudrées de la parfumerie….

Les fleurs d’iris ont parfois de délicieux parfums,  j’ai eu la chance de sentir certains iris qui diffusaient une note chocolatée!! mais c’est la racine qui est utilisée en parfumerie.

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A noter que la note poudrée est à distinguer de la note vanillée « très gustative ». L’origine de l’appellation de la note poudrée vient des premières poudres de riz qui étaient à l’époque parfumée à l’iris, je ressens la note poudrée comme une note assez sèche,légèrement boisée avec des accents de « violette » elle est  assez  » nasale », je pourrais la comparer  à un ton pastel, à une note très évanescente , difficile à appréhender, aérienne.

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Famille Botanique : Les Iridacées

Origine : Extrême Orient

Pays Producteurs : Italie, Maroc et Chine

2 variétés botaniques :

– L’iris Pallida originaire d’ Italie, les rhizomes sont prélevés sur des plants âgés de 3 à 4 ans,  nettoyés et séchés. A ce stade,  ils sont encore dépourvus d’odeur !Ils sont ensuite entreposés dans des sacs durant trois ans encore jusqu’à dessiccation complète et apparition de l’odeur. Ensuite, les rhizomes sont  réduits en fines particules , et traités par distillation, donc entrainement par la vapeur d’eau, on obtient  alors une pâte que l’on appelle beurre d’iris, dont  la macération dans un solvant organique et l’extraction , conduit enfin a l’absolu iris. Je n’aime que l’iris Pallida , les autres variétés et terroirs , n’ont pas l’élégance de celui de Florence.

J’aimerais savoir qui a eu l’idée  ou l’intuition de semer cette petite graine ,qui a donné la racine d’iris ,  d’attendre 6 ans pour enfin traiter ce rhizomes très disgracieux !! pour enfin obtenir cette merveille qu’est l’absolu iris !!

son odeur est à multiples facettes : notes  délicieuses entre note violette et note mimosa ,  accents boisés  , note légère de framboise, note de carotte. D’ailleurs très souvent en parfumerie, pour remplacer ou appuyer l’effet iris, on ajoute l’essence de  graine de carotte.

En Italie, L’iris est cultivée sur des terrains escarpés ingrats, caillouteux et mal exposés. L’escarpement exclut la possibilité de mécaniser la culture. La plantation se fait de mi-septembre à mi-octobre. La récolte a lieu la 3ème année après la plantation entre mi-juillet et mi-août

l’iris germanica

Au Maroc, la variété Germanica est plus robuste et plus simple à cultiver

Les rhizomes sont arrachés et débarrassés de leur terre

Il existe ensuite deux traitements possibles :

Rhizomes décortiqués : ils sont pelés manuellement puis lavés. Cette étape est longue et fastidieuse. Une personne traite 40 kg de rhizomes par jour.

Rhizomes non décortiqués : Ils sont coupés en tranches.

Les rhizomes sont ensuite séchés pendant 10 jours et stockés dans des hangars sous des conditions précises d’aération et d’humidité pendant 3 ans.

Les rhizomes demandent donc 6 ans de traitement avant d’atteindre leur qualité optimale.

C’est pendant le séchage à l’air que l’irone, constituant le plus noble et cher de l’iris, se développe.

Après 6 ans, les rhizomes sont réduits en poudre. 3 traitements sont ensuite possibles :

Distillation à la vapeur d’eau ………..de la Poudre d’Iris ……..donne une pâte cireuse et blanche  ou concrète   ou beurre (10 à 35% d’irone)

puis on fait une distillation sous vide avec absolu  des cires  =   Absolu Iris(65%à85%irone)

Poudre d’iris traitée avec  Extraction aux solvants volatiles   = Poudre d’Iris Résinoïde (produit visqueux contenant 1 à 3% d’irone)

Poudre d’Iris ……………………………………traitée par teinture  ou infusion d’iris  /contenant des ppm d’Irone

Les deux constituants principaux de l’iris sont : l’irone : constituant très cher représentant la qualité de l’iris et l’acide myristique

Le beurre d’iris peut être calibré au niveau de sa teneur en irones (8% par exemple) en y ajoutant de l’acide myristique naturel (contenant de l’irone) qui provient lui-même du procédé d’obtention de l’absolu.

Situation actuelle de l’iris : Défaillance de la qualité Italie d’où l’envolée des prix du Maroc. Cela a ainsi entraîné une culture de l’iris pallida en Chine

Récolte Iris Pallida Italie en 2007 : 10 tonnes (vs 30 à 40 t en 2004 et 150 à 200t au début des années 90)

Récolte Iris Germanica Maroc : 150 à 180 tonnes : la qualité est moins bonne que celle de l’Italie car le taux d’irone est inférieur du à la durée du séchage des rhizomes qui passe de 3 ans à 2 ans voir moins

Récolte Iris Pallida Chine : 150 à 200 tonnes : Qualité encore inférieure car l’arrachage des rhizomes se fait au bout d’un an et l’irone n’a donc pas assez de temps pour se développer.

Quelques exemples où l’iris joue un rôle important :

A) Iris Pallida de l’Artisan Parfumeur

B) Infusion d’iris de Prada

C) Iris Ganache de Guerlain

D) Dior Homme

E) L’Heure Bleue de Guerlain

F) Après l’Ondée de Guerlain

ETC …

Ordre de prix (approximatif ) :

Absolu Iris de Florence : environ 60000 euros/kg

Absolu  Iris de Maroc : 70000 euros/kg

Beurre (ou concrète) d’Iris Florence : 12000 euros/kg

Beurre (ou concrète) d’iris Maroc : 4000Euros/kg

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Sylvaine Delacourte

Nez, parfumeur, passionnée par Guerlain.

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22 Discussion to this post

  1. soph dit :

    bonjour sylvaine,
    merci pr cet article très intéressant!

    moi aussi j’adore l’iris! que ce soit d ele sentir comme ça sur touche, sous sa forme « racine » ou au coeur d’un parfum, comme l’heure bleue justement…. je trouve que l’iris donne d’emblée de l’élégance à un parfum, de la beauté… « seul » entre guillemets, il peut avoir un côté un peu froid, (mais très beau) mais au sein d’une composition il peut apporter cette touche poudrée, ou apporter une réelle classe à un parfum.. j’adore;. je crois d’ailleurs que l’iris et la vanille sont les deux matières que je préfère…

  2. Thierry dit :

    Bonjour,
    Cette dégringolade de la production toscane en quelques années semble affolante, non ? La concurrence chinoise ?
    Savez-vous s’il existe de nouvelles façon de synthétiser les irones ?
    L’interprétation que je préfère, et qui est loin de faire l’unanimité par son intégrité et sa froide mélancolie est celle de Lutens : Iris Silver Mist.
    Dans un contexte poudré, j’ai un souvenir ému d’Après l’Ondée en extrait….

  3. Nous partageons l’amour des beaux poudrés Sylvaine, j’attends votre prochain billet avec impatience. ❀ ❀ ❀

  4. digon laurent dit :

    Pour info : j’ai vraiment découvert un parfum EXTRAORDINAIRE sur Paris (Tonka impériale). Comment le définir ? je ne dirai qu’une seule chose : c’est un peu l’équivalent de l ‘heure bleue au masculin.
    Je trouve que c’est une réussite totale, où l’on retrouve tous les éléments qui ont fait le succès de la maison Guerlain.

    Bravo, mille bravos

    Par contre Ma seule réserve (et je ne dois pas être le seul à l’émettre) : pourquoi ce type de création ne se trouverait-t-elle qu’à ce prix-là et dans un circuit de distribution aussi limité ?

    Une aussi belle création gagnerait à être diffusée au sein d’une gamme classique plus accessible. Comme cela a été le cas pour la cologne 68 (diffusée dorénavant aussi en Province à un prix raisonnable).

    Il serait bien, tôt ou tard, de démocratiser votre gamme « l’art et la matière ». Un peu comme l’a fait Serge Lutens au Palais Royal avec ambre sultan et divers autres (sortis en exclusivité sur Paris puis démocratisés….

    à méditer….

    signé : un passionné de la maison Guerlain !

    • Sylvaine dit :

      merci , cela fait plaisir tonka impériale est presque en rupture de stock ce qui prouve qu’effectivement il est hautement apprécié!! vous avez remarqué que la cologne 68, a été commercialisé dans notre réseau traditionnel ,suivra après un an d’exclusivité sur nos boutiques: la cologne du parfumeur, et peut etre un jour , vous pourrez peut etre les commander par internet !! je suis d’accord avec vous il faudrait que ces produits soient un peu plus diffusés, sans pour autant retirer des exclusivités a nos boutiques bien a vous cordialement

      • soph dit :

        ah mince .. rupture de stock?

        mince moi qui voulais attendre la rentrée prochaine pr craquer! vous que croyez que d’ici là il y en aura à nouveau, pr septembre?

  5. JulienFromDijon dit :

    Que serait la parfumerie sans l’iris !
    Je rebondis sur ce qu’a dit Thierry, pour rapporter avoir lu qu’il existait une production synthétique d’irone (mais comme c’est de la technologie de pointe avec ingénieur et tout, les prix se calquent souvent juste un peu en deça des matières naturelles).
    Ainsi qu’une histoire de nouveau procédé d’extraction qui permettait d’échapper à l’étape de maturation de 6 ans dans un entrepôt. (peut-être par Biolandes)

    Je n’ai jamais senti d’absolu d’iris (mais j’aimerais bien), mais comme Thierry j’ai fini par adorer Iris silver mist, qui est pour moi une apparition sublime plus vrai que nature de l’esprit de l’iris. Les rhizomes séchés me font penser à des créatures extraterrestres, et ISM conjure bien ce côté sublime et « qui appartient à un autre monde » de l’iris.

    Soph parle de son côté froid. C’est vrai que son aspect métallique peut être travaillé (je pense à Après l’ondée). Pourtant pour moi l’iris apporte de la chaleur à un parfum, car il m’évoque une odeur sublimée de peau humaine et de cheveux. Plus précisément la chaleur de la peau.

    Métallique / chaleur… il reste une façon de le travailler que je n’aime pas, et qu’on retrouve souvent dans la floppée de parfum qui ont suivit le regain de mode récent pour l’iris, c’est le côté « liquide », aquatique, l’impression que l’iris a été délayé à l’eau, et ça, ça me désole. Je me console en me disant que ça ne doit pas être du « vrai iris ».

    • Sylvaine dit :

      bonsoir Julien, L’iris est une superbe matière première si elle vient de toscane !! personnellement , je n’aime bq moins les autres terroirs !, l irone est également superbe , je connais pas le substitut : mais si c’est presque au meme prix alors quel intérêt ??, d’autre part l’iris peut s’exprimer de différentes façons ,et tout dépend du talent et de l’originalité du parfumeur!! je suis d’accord en fonction de l’orchestration, il peut etre metallique, chaleureux, boisé, vaporeux, sec, poudré, cuir et;; tout peut changer aussi en fonction des matières premières qui l’accompagnent !! merci de votre richesse de commentaires , bien a vous!!

      • JulienFromDijon dit :

        Je conçois de plus en plus l’importance du « sourcing », de la qualité des matières premières, même si cela peut rester abstrait pour quelqu’un comme moi qui n’ai pas senti la plupart des huiles essentielles. C’est d’ailleurs pourquoi j’aime votre blog, qui ouvre une petite fenêtre sur la parfumerie professionnelle, et ces détails techniques éveillent ma curiosité et me font songer au lieu de me rebuter.
        Bien choisir les matières premières, surtout chez Guerlain, je me dis souvent que ça doit être tout un travail en soi, et que Thierry Wasser a rejoint les effectifs de Guerlain autant pour cette mission que pour ses talents de créateur.

        L’irone de synthèse : ce n’est qu’un vague souvenir. Peut-être quelque chose de Luca Turin. Il avançait que le prix élevé s’expliquait en raison du travail qualifié demandé, et aussi par une logique commerciale classique : le prix le plus élevé possible tout en restant attractif aux acheteurs. Comme l’iris naturel coûte très cher, et que la demande est forte, les chimistes peuvent se permettre de vendre leur irone de synthèse à un prix élevé, le vrai coût au litre de ce procédé restant un mystère.

        Un iris cuiré… « cuir de russie » de Chanel, celui là il me le faut ! C’est d’ailleurs presque plus un iris qu’un cuir. (Qu’en est-il, au fait, des rumeurs de restrictions sur le « bouleau rectifié (=chauffé) », lui qui apporte une note de cuir si intéressante en parfumerie ?) (D’ailleurs la gamme des exclusifs de Chanel a une note d’iris très présente, presque comme une signature).

        Presque tous les guerlains classiques présentent de l’iris. Et je n’aime pas entendre que c’est juste « pour la guerlinade », pour la signature, parce que cette note d’iris joue toujours un rôle important dans la composition. Quand ces parfums atteignent leur « drydown », leurs notes de fond, l’iris se fait plus visible, et participe pleinement au dernier accord, au diminuendo, qui finit de vous faire tomber amoureux. Je pense à Chamade, Shalimar. Vol de nuit, quant à lui, présente un magnifique iris de A à Z. L’heure bleue en extrait, j’adore repérer le jasmin et l’iris, la subtilité de leur qualité vient sublimer le reste de la composition. Je suis loin d’avoir percer les arcanes de ces parfums, mais je suis certain du rôle que l’iris y joue.

        L’iris, on en trouve très souvent. Inversement, il y a des œuvres où on nie le rôle de l’iris qu’elles comportent : je pense à Dzongkha et Jublisation XXV de Duchaufourd, et Chergui chez Lutens, où l’iris vient apporter une rondeur centrale à la composition, mais j’aurais bien du mal à dire s’il s’agit d’un accord avec certains épices ou les notes de tabac ou de cuir.

        sec vaporeux poudré : j’ai encore à sentir les nouveaux parfums de Mathilde Laurent chez Cartier, dont l’heure promise.
        sec poudré : me rappelle que l’iris est souvent associé à la fève tonka, accord poudré, et que je n’ai toujours pas senti « tonka impérial ». Décidément, il ne faut pas que je m’éternise trop longtemps à Mayence 🙂 à moins qu’il y ait une adresse pour trouver les « arts et la matière » à Frankfort.

        • Sylvaine dit :

          cher Julien ; merci de votre long message, le sourcing est effectivement quelque chose de primordial pour une bonne qualité du parfum, c’est effectivement désormais Thierry Wasser qui est en charge de l’achat des matières premières , Le bois de bouleau , est désormais interdit , très carcinogène et remplacé le plus souvent par une composition toujours très interessante olfactivement , assez animale, cuir , fumée , indispensable par ex dans shalimar et habit rouge . Nous aimons et j’aime l’iris , si je m’écoutais j’en demanderai dans toutes les compositions ! elle fait partie de la signature guerlain , l’extrait l heure bleue est a mes yeux ou plutot a mon nez la plus belle illustration de l’utilisation de l ‘iris , les exclusifs comme tonka au autres sont disponibles desormais a dussendorf!et bravo pour toutes vos connaissances

  6. julita54 dit :

    Bonjour Sylvaine,

    Merci pour ce bel article sur une de mes fleurs préférées en parfumerie !!
    L’iris que ce soit dans les parfums féminins ou masculins apporte beaucoup de noblesse et de raffinement, je trouve .
    Adepte de L’Heure Bleue, j’ai pu tester récemment IRIS GANACHE . J’ai apprécié son iris poudré et crémeux avec sa ganache chocolat blanc . ( Il m’a rappelé Insolence mais en + travaillé et + délicat ) .
    Bravo Sylvaine pour ces belles créations , ma grande favorite restant TONKA IMPERIALE ( même sans iris ! ) .
    Je me languis de pouvoir me l’offrir ….

    • Sylvaine dit :

      Merci Julita , pour votre gentil mot , cela me fait plaisir que vous ayez apprécié tonka impériale, c’est une fragrance qui me tient à cœur et dont nous sommes très fiers ! à bientôt

  7. Coumarine dit :

    Bonjour Sylvaine et bonjour à tous,

    Quelle belle matière en effet que l’iris. Mais quelqu’un peut il m’éclairer (je ne trouva pas la réponse sur internet) sur la différence entre Irone alpha et Irone V.

    Merci d’avance

  8. katy dit :

    Bonjour

    j’ai des amis qui souhaiterait faire des propositions de vente de jasmin absolu pure d origine égyptienne mais je n’arrive pas les diriger ver les bonnes personnes .
    si vous pouvez me donner quelques indications je vous serre très reconnaissante .
    il produisent des kilos par ans q’il aimerait mettre sur le marché français

    cordialement katy.

    • Sylvaine dit :

      désole de repondre aussi tard , mais je ne peux pas vous donner un prix !! prenez contact avec la société robertet a Grasse ils vous donneront certainement cette indication , bonne journée sylvaine

  9. Pascal J. dit :

    https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Iris_pallida

    Chère Madame,
    Bravo pour vos goûts que je partage. Cela dit, je souhaite très modestement préciser qu’iris pallida n’est pas originaire de Florence. Le seul dont l’origine soit liée à cette superbe ville est iris florentina (blanc bleuté). Bien cordialement.

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