Le Blog de Sylvaine Delacourte.

Menu & Recherche

Fleurs muettes

C’est le désespoir des parfumeurs, car certaines fleurs, pourtant très odoriférantes, tel le lys, ne livrent pas leur âme !
Quel que soit le procédé d’extraction, distillation à la vapeur d’eau, extraction par solvants volatils, rien n’y fait.
lilas

lilas

Buddléia

Buddléia

jacinthe

jacinthe

Il faudra le travail du parfumeur pour reconstituer l’odeur de ces fleurs. On appelle cela  » une reconstitution  » ; à chacun sa façon de la percevoir et de la restituer.

dd167cdf290b48c41

Savez-vous qu’il est impossible d’avoir une senteur naturelle de lilas, de muguet, d’oeillet, de buddleia, de gardénia, de chèvrefeuille, de pittosporum, de seringa, de pois de senteur, de violette, de glycine, d’héliotrope, de jacinthe ?
Une reconstitution est un « mini parfum » qui est constitué d’une dizaine de constituants environ, à la fois de synthèse et naturels.
Sans ce travail, on n’aurait pas pu obtenir un parfum comme « Diorissimo » de Dior, en 1956.
Je vous donne une idée de  » schéma type » d’une reconstitution muguet:
On commence par quelques constituants de la rose au choix :
alcool phényléthylique (côté feuille verte de la rose)
essence de rose (richesse de la rose)
hydroxycitronellal (côté vert muguet de la rose)
rhodinol (côté géranium et menthé de la rose)
citronellol (coté frais et citronnelle de la rose)
linalol (côté frais de la rose)
+
lilial (note verte)
+
indol (note animale contenue à l’état naturel dans les fleurs blanches)
+
héliotropine (note poudrée)
+
essence ylang-ylang

Si l’on veut qu’il soit plus vert, végétal, on ajoute : triplal ou feuilles de violette, etc.

N.B. : Ceci est un exemple, rien n’est figé, et chacun peut arriver à un resultat assez proche de l’odeur du muguet avec d’autres composants.

En plus de cette reconstitution, intervient alors le talent du parfumeur. Dans le cas de Diorissimo, c’est Edmond Roudniska qui a donné à cet accord muguet sa propre histoire, sa signature unique.

Chez Guerlain, nous avons également eu nos « muguets ». Le premier fut créé par Jacques Guerlain, en 1908, et revisité par Jean-Paul Guerlain en 1998. Il est réédité à la Maison Guerlain depuis 2005, pour un seul jour : le 1er Mai, avec la même fragrance, mais dans un flacon à chaque fois différent. Dans les Aqua Allegoria, Lilia Bella, désormais supprimé, avait la même senteur. Le plus ancien « muguet  » serait il celui de Floris (1847) ?

J’aimerais prendre aussi l’exemple de l’oeillet. Il existe un produit naturel : l’absolu oeillet d’Egypte, assez peu utilisé car il ne sent pas l’oeillet épicé que nous avons tous en mémoire. Autrefois, il était utilisé parce qu’il sentait bon. Quoique jugé un peu « désuet » par les parfumeurs, ils le redécouvriront peut-être un jour.

oeillet

oeillet

A ne pas confondre avec l’oeillet d’Inde appelé tagète. Lui aussi est naturel, mais ne sent pas non plus l’oeillet.

On trouve cette note oeillet (donc un accord) dans l’Origan de Coty, L’Air du Temps – Nina Ricci, Opium – YSL, Bellodgia – Caron, Tabu de Dana, l’oeillet de Prada, etc… Chez Guerlain : Après L’Ondée, L’Heure Bleue, Quand vient l’Eté et Metallica (Metalys).

Pour créer un œillet, il faut associer une note « rose », ou une vraie rose, du clou de girofle ou note eugenol, vanilline, héliotropine, un effet jasmin, des baumes, etc… Ensuite, toutes les nuances sont possibles : plus vert, plus miellé, plus orangé.

tubéreuse

tubéreuse

Dernier exemple : la tubéreuse. Celle-ci existe « naturelle » mais à un prix très onéreux. Autrefois, elle était traitée par enfleurage, mais désormais on peut dire que c’est terminé, à part sur commande spéciale. Désormais, elle s’obtient en extraction par solvants volatils. Cette tubéreuse, originaire d’Inde, a une odeur narcotique, un peu médicamenteuse au départ (« pommade »), mais après quelques secondes, elle offre une senteur phénoménale entre nectar miellé, exotique, vénéneux, confit, gourmand et érotique. Elle a vraiment un parfum unique !

On n’oubliera surtout pas la Tubéreuse Criminelle de Lutens en 1999 et Tubéreuse de Caron. La plus ancienne serait-elle celle de Santa Novella en 1939 ? Non, il y avait aussi une de Floris – 1870. Il y a eu aussi une Tubéreuse de Guerlain, mais en quelle année ? Je n’ai pas trouvé.

Vous avez aussi, en parfum plus « bouquet floral  » : Fracas de Piguet – 1948, Chloé – 1975, Poison de Dior. Chez Guerlain : Jardins de Bagatelle et Mahora (désormais appelé Mayotte à la Maison Guerlain), etc…

Certaines marques ne peuvent pas « s’offrir » la « tubéreuse naturelle« , car son prix est quand même d’environ 5000 € le kg d’absolu. Alors, on peut toujours recourir à la reconstitution (qui sera, quelle que soit la fleur, toujours un peu différente de l’odeur de la fleur naturelle). C’est un mélange de différentes notes : jasmin naturel ou une composition jasmin, ylang-ylang, indol, noix de coco, note orangée (genre anthranytlate de méthyle), héliotropine, mimosa, et encore d’autres éléments en trace.

Dernier exemple : le pois de senteur, mélange de notes épicées miellées, salicylates, notes genre muguet (lilial), aldéhyde, cyclamen, avec beaucoup de notes vertes telles que acétate de styralyle ou acétate de pipole.

Le réséda était une reconstitution ainsi que le bouvardia Rose.

Pour la violette, nous avons des molécules de synthèse : les ionones. Dans ce cas particulier, ce n’est pas une reconstitution puisque la molécule elle-même sent déjà beaucoup l’odeur de violette. Par ailleurs, en naturel, nous disposons de l’essence de feuille de violette qui ne sent pas la violette, mais qui a une odeur  » verte  » très singulière.

Moralité : La synthèse nous a offert des molécules qui ont enrichi la palette du parfumeur, ce qui lui a permis de recomposer des odeurs de fleurs introuvables à l »état naturel.

 

Sylvaine Delacourte

Nez, parfumeur, passionnée par Guerlain.

Articles liés

Notes vertes naturelles « tendance »

Si vous avez eu un grand père ou quelqu’un de…

LA LAVANDE et notes aromatiques..

Vous pensez connaitre la lavande ? elle est pourtant souvent confondue avec…

Parfums d’été ! premier jour d’automne

Déjà l’automne , adieu l’été ! pour prolonger les beaux…

13 Discussion to this post

  1. Il est intéressant de voir que le Muguet de Guerlain est sorti la même année que la molécule clé de cette note, le hydroxycitronellal – 1908. Trouvé par les allemands un peu avant mais vendu « captif » dans une spécialité, il n’a pas été protégé par brevet. Les suisses qui encore à cette date ne reconnaissaient pas les brevet allemands ont vite mis sur le marché Cyclosia base (Chuit) et sa soeur chez Givaudan. Givaudan d’ailleurs a utilisé cette molécule dans une base, Muguet Fleurs quit a été beaucoup utilisé par Jacques Guerlain. Même si en 2009 ce muguet paraît timide il y a 100 ans c’était une prouesse et une nouveauté absolue, grace à la chimie.
    Et puisque vous parlez de lilas, muguet et jacinthe, on retrouve ces notes florales, un peu à l’ancienne, dans le Candide Effluve.
    Le Pois de senteur -quelle odeur étrange et oubliée. J’ai trouvé qu’à partir de l’Heure Bleue on peut « extraire » une note pois de senteur (miellée et un peu jacinthe) tel qu’on la faisait jadis. D’ailleurs il y a eu un parfum Guerlain Pois de senteur (Sweet Pea) dans la même période que HB.
    Pour la violette, même si on faisait une pommade des fleurs (très chère même au XIXème siècle) on la préparait avant les ionones avec de la cassie, iris, feuille de violette et un peu de notes sucrées. Note chère à l’impératrice Eugénie, Guerlain préparait à l’époque un produit célebre (avant l’arrivée des ionones), sous la forme d’une pommade. Après on la retrouve comme note majeure dans Violette qui embaume. Aujourd’hui ce sont certaines poudres Guerlain qui on cette délicieuse note violette (un peu héliotrope aussi). Je citerais aussi la dihydro betaionone qui a une exquise note violette, la Violettine de Firmench (produit très ancien mais « retrouvé »).

    • Sylvaine dit :

      bravo pour cet « éclairage » j’ai entendu dire qu’il existait un produit d’extraction de violette , qui était assez satisfaisant mais qu’il valait à l’époque dix fois le prix de l’or ?? j’aurai aimé sentir sweat pea, mais il ne faisait pas partie des parfums que nous avons fait repesé, j’ai travaillé notamment avec la violettine de Firmenich pour Insolence !produit que j’ai beaucoup aimé. Effectivement nos poudres de riz et beaucoup de produits de la gamme maquillage sont parfumée au parfum de « météorites » très poudrée violette, héliotrope , que j’adore!

  2. vero59 dit :

    tres interessant, je savais que quelques fleurs ne livraient pas leur odeur, mais je ne connaissais pas la liste
    sait’on pourquoi aucun procédé ne marche ? est ce du à une particluarité commune à ces fleurs ?

    • Sylvaine dit :

      merci pour votre commentaire, ils ont tout essayé, distillation , extraction ,etc… ils n’ont pas réussi pas obtenir une odeur en essence ou absolu qui correspondait a l’odeur de la fleur !
      a bientôt

  3. Bonjour,

    une question plutôt qu’un commentaire.
    Dans l’odeur de violette outre l’alpha (3.3%) et la béta ionone (8.2%), le dimethoxybezène représente 17% en poids total de la composition. Avez-vous une idée selon le calcul des unités d’odeurs de ce que chacune de ces 3 molécules réprésentent? Je travaille en neurophysiologie et j’enregistre la réponse des neurones olfactifs du nez. Je vais vérifier si l’idée reçue selon laquelle l’odeur de violette et fugitive et nécessite un délai entre deux sniffs pour être perçue à nouveau et d’origine périphérique (dans ce cas la réponse du neurone devrait être bloquée plus longtemps que pour une autre molécule. Je vais donc tester ces 3 principales molécules en single et en mélange binaire et trinaire. Il est vrai que la béta ionone semble porter à elle seule la note, mais la fugacité, si elle est évrée pourrait provenir d’une autre des composants. Avez-vous des pistes à me donner? merci d’avance.

    • Sylvaine dit :

      question un peu trop technique pour moi , je l’ai transmise a un parfumeur chimiste , mais qui tarde a me répondre , ej vous propose de contacter Ocavian sur 1000 fragrances . com , je suis certaine qu’il saura y répondre ! bonne journée désolée d’avoir répondu avec du retard !

  4. Buffenoir josette dit :

    C’est curieux mais les fleurs que vous citées sont exactement celles que j’aime follement (surtout la violette) Mille fois – pour me faire plaisir- on m’a offert diverses eaux de toilette « à la violette »; j’ai moi même écumé les grands magasins en respirant tous les parfums sans en trouver un approchant cette odeur.
    J’ai fini par retourner par cet « artisant parfumeur » jean Laporte que je fréquentais pour ses tubéreuses et sa vanille et j’ai trouvé le plus approchant de cette suavité….
    Bravo et merci de nous remettre -par la pensée- dans ces odeurs d’ineffables.

    Josette Buffenoir

    • Sylvaine dit :

      la verte violette de l’artisan parfumeur , est un travail autour d’un bouquet : violette et feuilles ,
      l’essence de feuilles de violette est naturelle par contre!
      j’adore également l ‘odeur de violette , ca me rappelle mon enfance, avez vous senti la fleur d’héliotrope naturelle , c’est l’association des senterus violette et vanille délicieux !

  5. Michaël dit :

    Merci pour toutes ces infos passionnantes Sylvaine. On se rend compte que le métier de parfumeur est vraiment étonnant.

    • Sylvaine dit :

      merci Mickael de votre commentaire , vous avez raison le métier de parfumeur est très complexe et varié, il faut rester humble , car on ne sait jamais tout , chaque jour vous faites de nouvelles découvertes!c’est en cela que ce métier est passionnant , belle journée

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Tapez votre mot-clé de recherche, et tapez sur Entrer pour rechercher