Rendez-vous avec Jeanne D’arc

Le 3 février 2010 par Sylvaine
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Philippe Charlier, médecin légiste, un jour m’appelle et me pose une étrange question:

Est ce que vous voudriez participer à une  expérience, à savoir : venir évaluer les cœurs embaumés des rois de France  qui se trouvent à la Basilique Saint Denis ? . « je veux  savoir quelles essences ou plantes , ont été utilisées lors de  l’embaumement et je crois que vous pouvez m’aider »

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J’ai bien sur été plus que surprise par cette demande singulière,  je me suis dit que c’était une expérience extraordinaire que je ne pouvais refuser. Curieuse de nature , j’ai tout de suite  accepté (même si j’ai tout de suite pensé que je pourrais éventuellement être confrontée à des odeurs de putréfaction !!) oui !! ,j’accepte ,  mais  à condition que je sois accompagnée et épaulée , par un autre professionnel.

J’ai alors demandé à  un ami : Jean Michel Duriez , parfumeur de Patou et Rochas , s’il était partant  pour cette aventure. Il a tout de suite accepté, excité à l’idée de jouer  » les nez explorateurs du passé ».

Par une journée d’avril 2007  , Philippe Charlier nous convie a l’hôpital Lariboisière, à Paris , et nous annonce qu’il n’a pas réussi à ouvrir les sépultures de La Basilique Saint Denis. Il rajoute :   »Je vais donc vous confier une autre mission :  travailler sur les restes de Jeanne D’ARC : confiés par l’église (propriétaire de ces reliques).

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En traversant l’hôpital, nous avions d’abord pour objectif  de trouver une salle  afin d’effectuer notre évaluation, mais toutes les salles  sentaient le formol! arrive enfin une pièce qui sentait  beaucoup moins, nous nous y  installons et là surprise !  : Philippe avait préparé une dizaine de bocaux, coupelles, sacs plastiques , avec des éléments bizarres : je dois dire peu attractifs !   ça ressemblait à des fragments de peau , des cheveux, des poils, des os , des cendres , etc

Philippe nous sépare et nous met aux deux coins de la pièce , pour que nous soyons pas influencés l’un par l’autre, j’avoue que j’ai eu le trac!!

Nous avons commencé notre évaluation sans savoir ce que nous étions en train de sentir!! et ensuite nous avons confronté nos résultats et ……………. soulagement !! ils concordaient  !

C’est alors que Philippe Charlier nous a révélé ce que nous avions évalué :

*Cendres d’Agnès Soral (qui sentaient la vanille) *mèche provenant de la nécropole d’Ica (Pérou) ça sentait le réglisse! ) *une autre mèche ayant appartenu à une religieuse d’un couvent de Beauvais, *restes d’une momie égyptienne et *restes supposés de Jeanne D’arc, etc..

sarcophage

Nous avons tous les deux fait le rapprochement entre l’odeur des restes de la momie égyptienne et celles des reliques de Jeanne d’Arc, qui avaient des odeurs très proches :  douces et balsamiques.

C’est alors que le mythe s’effondre !! les restes présumés de Jeanne d’Arc , supposés avoir été récupérés sur son bûcher, après sa crémation a Rouen en 1431, étaient en fait des fragments d’une momie égyptienne devant lesquels s’inclinaient depuis le 14 ème siècle les admirateurs de la Sainte.

Biensur,  notre  investigation par l’évaluation olfactive a été ensuite  validée  « scientifiquement » par  d’autres analyses  : microscopiques , spectrographie, et étude  au  carbone 14.

De plus,  un autre élément a permis de confirmer cette hypothèse , en effet , les chercheurs on trouvé des traces de pollen de pin sur ces fameux restes , or, les pins ne poussent pas en Normandie, par contre la résine de pin était couramment utilisée pour les embaumements en Égypte.

C’était une expérience exaltante , c’était une première pour Philippe et pour nous ; une facette inattendue de notre métier ! nous avions l’impression de jouer dans une pièce tirée d’un roman de Patricia Cornwell;

Nous venons tous les deux d’être à nouveau contactés pour une nouvelle expérience! qui sera cette fois  validée par un headspace !! (appareil permettant d’enregister les composants de  l’odeur )

 Nous pensions comme cela avait été prévu préalablement que nous aurions cette fois  pour mission de sentir les restes embaumés de la famille de Richelieu et bien non !!ce ne sera pas cet exercice,  mais un autre qui s’annonce  tout aussi excitant, mais pour l’instant je ne peux rien dire de plus !  affaire a suivre …

voir article suivant : interview de Philippe charlier

http://www.futura-sciences.com/fr/news/t/recherche/d/la-relique-de-jeanne-darc-etait-un-morceau-de-momie-egyptienne_10634/

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Communelles

Le 24 janvier 2010 par Sylvaine
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Le mot communelle est intrigant mais connu dans le domaine du « vin ». Que se cache-t-il vraiment derrière ce terme  quant il s’agit de la parfumerie ?

Tout d’abord, voici la définition d’une communelle : c’est un assemblage judicieux de différents lots d’essences naturelles. Chez Guerlain, depuis toujours, nous assemblons différentes huiles essentielles, de mêmes origines botaniques, de différents producteurs ou pays, présentant différentes facettes.

Tout cela pour créer un « standard Guerlain » à l’odeur très précise.

Ceci permet, tout d’abord, d’avoir une identité forte, de participer au  » sceau olfactif  des parfums Guerlain et également d’assurer, d’une année sur l’autre, une qualité constante et homogène.

Chez Guerlain, nous avons toujours aimé la rose. Elle prend l’une des premières places dans les composants fétiches de Guerlain. Nous avons toujours associé la rose damascena, qui peut venir de Bulgarie, de Turquie ou du Maroc, à la rose de mai qui vient de Grasse. La damascena a une odeur très précise, plus fruitée, un peu verte, épicée, comparée à la centifolia, la rose de mai (car récoltée au mois de mai). Avec son odeur caractéristique de miel, cette dernière est ronde, suave, presqu’animale.

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A noter que le premier parfum à avoir overdosé la rose fut Nahéma, créé par Monsieur Jean-Paul Guerlain, avec l’association de l’essence et de l’absolu de rose de différentes origines, ainsi que l’ajout, pour la première fois, d’une molécule trouvée dans la rose, la damascone, qui permet de donner une ténacité encore plus importante à la senteur de rose mais, surtout, d’ajouter une note fruitée. D’ailleurs, je suis convaincue que si Nahéma n’avait pas été créé, nous n’aurions pas eu sur le marché des parfums tels que Paris d’YSL ou Trésor de Lancôme. Nahéma a vraiment été le chef de file d’une nouvelle famille : les rosés fruités.

Dans Idylle, Thierry Wasser  a privilégié une communelle de rose de Bulgarie, rose qui a été choisie cette année avec Monsieur Jean-Paul Guerlain pour sa facette fruitée litchi à laquelle ils ont rajouté un accord de roses de jardin (créé par Monsieur Jean-Paul Guerlain), un accord « à l’ancienne ». Une rose veloutée et voluptueuse appelée rose Plessis Robinson dont l’appellation vient du jardin du même nom, là où Monsieur Jean-Paul Guerlain l’a découverte.

Chez Guerlain, nous avons d’autres communelles comme celle de la bergamote : il existe, depuis toujours chez Guerlain, un standard de « bergamote Guerlain » dont le secret est préservé. C’est un assemblage de bergamote provenant de différents producteurs choisis par les Guerlain, de la région de Calabre, au sud de l’Italie, pour donner une bergamote « unique » qui ne sera pas celle de tout le monde !

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Thierry désormais est en charge du choix des matières premières il a donc , cette année sélectionné et pour la première fois, les bergamotes chez les différents producteurs, à Réggio di Calabria, en Italie, comme les Guerlain l’ont fait depuis cinq générations. Cette sélection s’est faite, comme chaque année, fin janvier début février, afin que les bergamotes soient gorgées de soleil et donc donnent leur parfum le plus fruité ! Néanmoins, ces bergamotes très fruitées auront toujours des facettes florales, fraîches et vertes.

J’ai eu la chance de participer, il y a quelques années à l’expression de l’essence de Bergamote.Les peaux des agrumes ou  zestes libèrent  l’essence, qui au sorti de la « machina « est  de couleur  « verte sombre  » ensuite elle sera  traitée pour se débarrasser de tous les composants indésirables qui donnent en autres  des taches brunes! Sa couleur passera du vert foncé au jaune clair,  j’ai même goûté un limoncello , où le citron avait été remplacé par la bergamote!! cela est assez particulier , puisque j’ai eu vraiment l’impression de boire du parfum!

Pour le jasmin, une communelle très précise est utilisée dans nos classiques. Elle associe des jasmins de variété botanique grandiflora venant de Grasse, d’Inde et d’Egypte. Dans certains parfums, comme  l’Instant de Guerlain , féminin , nous avons expérimenté la qualité de jasmin Sambac à l’odeur vraiment différente, plus « orangée et plus solaire ».

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Il faut savoir que, pour une même variété botanique, en fonction de la qualité de la terre, de l’ensoleillement ou de la pluie reçue, l’odeur de l’essence ou de l’absolu obtenu après traitement de la plante peut varier de manière assez importante, comme pour le raisin.

J’avais déja un peu expliqué dans mon article « guerlinade » l’explication de ces comunelles , J’ai ici un peu plus levé le voile de quelques secrets de fabrication et d’assemblage qui contribuent à donner le sceau olfactif Guerlain, cette signature unique .

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Tonka impériale

Le 10 janvier 2010 par Sylvaine
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Je profite de ce premier article de l’année de 2010  pour souhaiter à mes lectrices et lecteurs  une merveilleuse année !

Tonka Impériale est la septième fragrance de la collection « ART ET MATIERE », fragrance qui a été créée autour d’une des matières premières fétiches de Guerlain faisant partie de la Guerlinade : l’incroyable fève tonka.


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Petite graine magique

On trouve la fève tonka en Amérique du Sud et particulièrement au Vénézuela, Guyane et au Brésil. Elle provient du fruit d’un arbre tropical appelé « dipteryx odorata » On l’appelle aussi le coumarouna, ou la sarrapia. le même nom est utilisé pour l’arbre qui donne le fruit dont la fève est en réalité le noyau.

Il pousse le long des rives des fleuves amazoniens. Haut de 20 m à 30 m, il a un tronc de 5O à 70 cm de diamètre, de larges feuilles qui rappellent celles du noyer et des fleurs roses violettes assez odorantes, dès que les fruits sont à maturité. Ses fruits sont en forme de grosse amande et renferment chacune une unique graine noire, ovale, oblongue, brillante qui se ride en se desséchant, c’est alors qu’elle commence à sentir et son parfum ira en s’accentuant !.


Récolte :

Elle a lieu en mai. Les fruits tombés à terre à maturité sont ramassés. On les sèche pendant un an et on casse la coque soit avec une pierre, soit avec un marteau pour en extraire les graines. Les fèves récupérées sont ensuite séchées au soleil, puis immergées dans des récipients avec de l’alcool fort à 65 ° pendant 24 H. Elles sont ensuite séchées à l’air ce qui a pour effet de provoquer un beau givrage blanc, qui résulte de l’apparition des cristaux de coumarine. Un arbre donne entre 15 et 75 kgs de fruits par an. Celui qui récolte les fèves tonka, s’appelle « un sappapiero ».

Sa mutli utilisation

- Initialement
ces graines étaient réduites en poudre vendue en sachets à placer dans les armoires entre les piles de linge

- En parfumerie
: C’est la fève qui est traitée par extraction au solvant volatile pour donner l’absolu fève tonka.

- En cuisine : La fève elle-même peut aussi être râpée au même titre qu’une noix de muscade pour être utilisée en pâtisserie associée au chocolat,au café, aux desserts (Panacotta) elle peut être également associée à des notes salées. Attention à utiliser comme la noix de muscade en quantité raisonnable car la fève tonka peut être un peu dangereuse.

- Pour parfumer le tabac à priser et aussi le tabac de pipe «  l’Amsterdamer » (pratique désormais interdite en France et aux US.

j’aime glisser des fèves tonka dans ma voiture près du chauffage, c’est un délice!!


Un parfum unique, une fragrance à ele seule

C’est une composition parfumée à elle seule , très riche en facettes : boisée, baumée, vanillée, amandée, pistache, tabac, foin, boisées, miel…

La molécule principale de cette matière première s’appelle la coumarine qui est olfactivement très amandée et ressemble à s’y méprendre à l’odeur des petits pots de colle Cléopâtre de notre enfance.

La synthèse de la coumarine a été mise au point en 1868 et pour la première fois utilisée dans Jicky avec le linalol et l’Ethyl vanilline.

L’Idée Créative

Art et Matière-Rose, Cuir, Angélique

Tonka est une construction étonnante qui souffle le froid et le chaud entre la fraîcheur du romarin : note fusante aromatique de tête et la rondeur gourmande et enveloppante de la fève tonka: matière première chère à Guerlain, à Thierry et à moi même.

L’idée fut d’accentuer les facettes naturelles de la fève tonka, donc la fragrance est boisée, amandée, miellée baumée, tabacée, et gourmande : entre pain d’épices et chocolat.

Ce contraste tout à fait étonnant est un clin d’œil à la fragrance Jicky. La lavande étant remplacée par le romarin et la partie orientale remplacée par la fève tonka associée à des notes baumées et boisées.

Sa fragrance est à la fois perçue’ masculine » par sa facette aromatique et boisée et « féminine » par la rondeur de la fève tonka et des notes baumées. Comme Jicky, Tonka Impériale.est contrastée, ambivalente:.Racée et douce, dynamique, mais enveloppante, une fragrance qui aime semer le trouble. Je l’adore !

Tonka impériale sera disponible début février , dans les 30 boutiques GUERLAIN dans le monde et dans les douze boutiques parisiennes.

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